Publié par : martialh | 26 octobre 2007

Histoire et Technique

Histoire et technique de la Perliculture

Martial Hourdequin

1. Historique de la perliculture 

            Il y a plus de trois mille ans, les Chinois utilisaient déjà les moules afin de leur faire recouvrir divers objets d’une couverture de nacre (Lac Tahu, Kiangsu.) Et l’on trouve ainsi, dès le XIIe siècle, des bouddhas de nacre résultant de l’enrobage, d’un modèle de plomb ou d’étain glissé entre la coquille et le manteau de mulettes d’eau douce. Le coquillage était ouvert à l’aide de tiges en bambou. Le procédé était répété de chaque côté du coquillage. Ces moules étaient ensuite redéposées dans le lac.

 

            Entre 1560 et le début du XXe siècle, la majorité des perles des couronnes européennes et des trésors religieux provenaient du Golfe de Californie. Les deux principaux coquillages perliers étaient la Pinctada Mazatlancica et le Pteria Sterna. L’huître Pinctada Mazatlancica produit des perles baroques et semi-baroques de couleur gris foncé avec comme couleur secondaire du bleu, du vert, du violet pouvant atteindre 20 mm.

 

            À partir de la fin du XIXe siècle, les techniques de pêche firent appel à des méthodes plus sophistiquées : « le scaphandre ». Par son utilisation, les coquillages pouvaient êtres récoltés jusqu’à 80 mètres de profondeur. La plupart des perles récoltées étaient vendues à Paris. Vers 1880, les premiers essais américains de culture d’huîtres sont tentés.

 

            Tokichi Nishikawa (1874-1909) fut la première personne au japon à être capable de produire des perles de cultures sphériques dont le procédé  fut repris, développé et exploité par la suite par Mikimoto. Leur succès était dû à une meilleure adaptation du coquillage utilisé (Pinctada martensii) à l’environnement de la culture.Les perles de culture au Japon ne furent réellement commercialisées qu’à partir de 1920.

 

            Dans les environs de Kobe, sur les rives de l’île nommée maintenant île des Perles, Mikimoto mit au point la technique de l’élevage dans des paniers suspendus à des cordes, et utilisa une méthode d’introduction de greffon de manteau destiné à sécréter des couches perlières autour du noyau de nacre. La mise en œuvre fut assurée par le dentiste Otikichi Kuwabara, ami de Mikimoto.

Mikimoto organisa avec génie ses fermes perlières et persévéra malgré la forte mortalité des huîtres, causé par les typhons, boues rouges…  Il régnait à la fin de sa vie sur un empire de perles de culture qu’il avait maintenu pendant la Seconde Guerre mondiale. Les secrets de la technique de culture furent bien gardés, et les fermes perlières ne purent s’implanter alors hors du Japon qu’avec la présence de greffeurs japonais.

 

2. L’huître perlière

            La Pinctada margaritifera ou huître perlière à lèvres noires était utilisée au XVIIIe siècle par le peuple polynésien comme outil de pêche (hameçon), objet d’ornement ou encore comme monnaie d’échanges. L’arrivée des navigateurs, au XIXe siècle, a développé une nouvelle forme de commerce de la nacre marquée par une croissance des exportations.

            Le commerce de la nacre était destiné à la marqueterie, boutons… En moyenne annuelle, entre 1830 et 1890, les ventes de produits de matière nacrière atteignaient 900 tonnes, puis 800 tonnes de 1890 à 1930 et 700 tonnes jusque dans les années 1960. Ce système contribua àréduire considérablement le cheptel naturel d’huîtres que renfermaient les lagons des atolls polynésiens. Les autorités locales ont dès le début du XXe siècle instauré des quotas de pêche, fermant l’exploitation de certains atolls. 

 

3. Histoire de la perle de Tahiti 

            Les premières expérimentations de collectage et d’élevage de l’huître Pinctada margaritifera ont été entreprises en 1940, par M. Simon Grand, ostréiculteur d’Arcachon, qui effectuera ses essais dans plusieurs îles des Tuamotu et aux Gambier. Par la suite, les missions de biologistes ont eu pour objectif principal de gérer l’exploitation des nacres du stock naturel,. Puis en 1963, fût organisé avec une compagnie perlière australienne, la venue de greffeurs qui opérèrent à Hikueru et à Bora-Bora sur des nacres transférées.

La récolte observée 2 ans après, est d’excellente qualité et a suscité alors, beaucoup d’intérêt pour la perliculture. En 1967, M. Reed, biologiste, étudia la faisabilité d’une ferme perlière à Manihi aux Tuamotu.

4. Formation et propriétés physiques des perles

            Le naturaliste Linné (1707-1778) mit en évidence le mode de formation des perles : un ver microscopique du groupe des cestodes, parasite des mollusques, se place entre la coquille et le manteau qui, excité sous l’effet des toxines, s’invagine et forme une poche, isolant le parasite par une sécrétion de calcaire. Plus la sécrétion est importante, plus le tissu de la poche est excité, et plus il sécrète. Aussi la perle ne cesse t-elle de grossir, si toutefois le mollusque ne l’éjecte pas par un mouvement brusque. Les perles sont donc formées jusqu’en leur centre de couches concentriques constituées de fins cristaux d’aragonite disposés parallèlement les uns aux autres dans un réseau de matières organiques chitineuses dite conchyoline.

 

5. Technique de pêche des coquilles

            La technique de pêche appelée « la plonge » consiste à chercher les huîtres par des plongées successives en apnée. La méthode comporte de nombreux risques, dont les accidents de décompression (surdités, troubles mentaux graves, conduisant parfois à la démence). De plus elle se montre très dévastatrice pour le cheptel et hasardeuse au niveau du peu de perles récoltées.

 

6. Technique de culture des perles d’eau de mer

            Le processus d’élevage de l’huître perlière est long et nécessite énormément de soins, car l’espèce est fragile. L’huître perlière à lèvres noires, libère à certaines périodes de l’année ses produits sexuels qui sont fécondés en pleine eau. Après une dérive d’un mois, les jeunes huîtres se fixent sur les coraux ou meurent enfouies dans le sable.  

6.1. Le captage

       Le perliculteur, capte de jeunes huîtres dans le lagon sur des collecteurs artificiels ces, puis les élèvent sur des lignes d’élevage sous-marin pendant plus de trois années. Elles feront l’objet de soins attentifs en subissant des nettoyages successifs.

6.2. Le détroquage et l’élevage.

            Lorsque les collecteurs ont atteint l’age de 18 mois les nacres sont séparées les unes des autres afin d’être percés (une par une au niveau de la charnière).

En fonction de leur taille elles seront misent en élevage différemment :

– Les plus petites seront mises en torons, cordes de 20 mm de diamètre et 150 cm de long sur laquelle les nacres enfilées sur un fils nylon de 200 cm de longueur seront enroulées jusqu’à la mise en chapelet.

-Les autres seront mises en chapelet, cordes de 6 mm de diamètre et de 450 cm de long. Sur les nœuds disposés tous les 20 cm une nacre est attachée avec un fil nylon de 30 cm.

 

6.3 La greffe

L’huître perlière adulte est alors apte à subir la greffe perlière, qui consiste à reproduire, le processus naturel de formation d’une perle. Des huîtres mères matures subissent l’implantation d’un noyau et d’un morceau de tissu sécréteur de la perle. Cet acte de chirurgie est appelé la greffe. Un grain de coquillage nommé Nucléus, taillé dans une Unio du Mississippi juxtaposé au greffon, un carré d’épithélium palléal externe de 0,2 cm de côté, provenant d’une huître donneuse sacrifiée (âgée d’un an), est introduit dans la gonade del’huître. 

Les huîtres greffées sont ensuite remises dans leur milieu naturel. Dans les 50 à 60 jours qui suivront l’opération, le tissu greffé formera le sac perlier isolant le nucleus des organes de l’huître et commencera le long cycle de création de la perle. Une nacre ne supporte qu’une seule greffe  et 2 surgreffes dans sa vie. 30 % des mollusques opérés meurent des suites opératoires ; 30 % des greffons introduits ne recouvrent pas correctement le noyau de nacre ; un tiers des huîtres seulement donneront des perles de culture commercialisables.  L’épaisseur de la couche perlière, qui dépend aussi de la vigueur de l’huître greffée, atteint 0,8 à 2 mm.

        

Plus de 200 couches de nacre sont déposées les unes sur les autres tout autour du nucleus dont la composition est sensiblement identique à celle de la coquille. C’est ce qui donnera à la perle de culture de Tahiti sa beauté, sa diversification de couleur et son impressionnant diamètre. 

6.4. La récolte. 

           Après 24 à 36 mois de surveillance, le perliculteur va vivre la naissance de la perle de Tahiti. Il est important d’identifier le nom du greffeur et le n° de ligne afin d’assurer un suivi complet.      

 

7. La perle de Tahiti

« Les perles de Tahiti sont rarement noires »

Le terme ne vient pas de leur couleur mais de l’espèce d’huître qui les produit, huître perlière aux lèvres noires « La Pictada Margaritifera variété Cumingui » 

7.1.      Critère de classification de la Perle

En 1975, le GIA, Gemmonolical Istitute of America reconnut le caractère authentique de la perle de culture de Tahiti. En 1983 la désignation officielle de cette gemme devint  « Perle de Culture de Tahiti  » appellation fixée par le CIBJO, Confédération Internationale de la Bijouterie, de la Joaillerie et de l’Orfèvrerie.

 

Classification des perles

Catégorie

Orient

Eclat

Inclusion

A

Très profond

Très élevé

10 %

B

Très profond

Elevé

30 %

C

Profond

Bon

60 %

D

Profond

Moyen

+ 60 %

Rebuts

Faible

Faible

Importants

 

Qualité A : perle de qualité supérieure présentant peu d’inclusions visibles à l’oeil nu et localisées sur moins de 10 % de sa surface. Elles doivent avoir un très bon lustre.

Qualité B : perle présentant quelques inclusions concentrées sur au plus 30 % de la surface, et présentant un lustre beau ou moyen.

Qualité C : perle faisant apparaître plusieurs inclusions concentrées sur au plus 60 % de la surface, et présentant un lustre moyen

Qualité D : perle de faible lustre présentant des inclusions sur plus de 60 % de la surface.

 

7.2. La densité des perles de culture

La masse d’une perle s’évalue en grains (un grain = 0,05 g) : une perle de 20 grains a un diamètre de9 mm ; une perle de 8 grains a le même diamètre qu’un diamant rond taille brillant de 1 carat (c’est-à-dire 6,5 mm).

 

7.3. Le diamètre

La perle est classée selon son diamètre qui est établi en millimètre. Le diamètre d’une perle de culture de Tahiti varie en général entre 8 et 14 millimètres. Certaines perles peuvent mesurer jusqu’à 16 voire 18 millimètres, ce qui reste très exceptionnel. Actuellement, la plus grosse perle de Tahiti répertoriée possède un diamètre de 21 millimètres.

7.4. Leurs formes

Selon leur emplacement dans le mollusque, les perles peuvent présenter des formes diverses. En pourcentage les sphères parfaites sont les moins nombreuses. Elles portent les noms que l’on souhaite lui offrir, Olive, Goutte, Poire…

  

7.5. La luminescence

Comme toutes les matières organiques, les perles sont luminescentes sous la lumière noire, soit vivement dans des tons blanchâtres pour les perles blanches soit plus ou moins faiblement dans les tons rouges à bruns pour les perles de Tahiti (les perles teintées n’étant évidemment pas luminescentes).

 

7.6. Orient, lustre et couleur des perles de culture 

La couleur des perles est semblable à celle de la nacre du mollusque sécréteur. La couleur d’une perle résulte de la présence dans l’eau de mer de traces d’éléments chromogènes concentrés par le mollusque sécréteur, selon son espèce et son alimentation.

 

Conclusion

Produit considéré comme luxueux, la perle ne peut que faire rêver. Quelques pays essayent de développer cette production un peu magique.

Depuis les années 80, la perliculture a connu un essor considérable.
Les exportations de perles brutes, au premier rang des exportations polynésiennes, sont passées de 86 kilos en 1980 à environ 10 tonnes en 2003, pour une valeur de 85 millions d’euros.
Cette activité, essentielle d’un point de vue socio-économique, génère environ 5 000 emplois dans plus de 800 fermes productrices réparties dans 30 îles et atolls.

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